Une histoire de plomb et de sorcellerie
Pont-Péan, à quinze kilomètres au sud de Rennes, cache sous ses pavillons une histoire minière de près de quatre siècles. Le gisement de plomb argentifère a été repéré dès 1628 par Martine de Bertereau et son mari Jean du Chastelet, baron de Beausoleil. Sous Louis XIII, ces prospecteurs signalent « proche de Pont-Péan, à deux lieues de Rennes, une bonne mine de plomb contenant beaucoup d’argent, du vitriol, du soufre, du zinc, du mercure, de l’arsenic ». Mais leurs méthodes inquiètent : la baronne utilise des « boussoles minérales » faites de plantes censées attirer les métaux. Accusés de charlatanisme et de sorcellerie, les époux sont emprisonnés à vie. Le projet d’exploitation tombe à l’eau.
Le temps des grands travaux
Il faut attendre 1730 pour que la concession soit accordée à Noël Danycan de l’Épine, riche armateur malouin fondateur de la Compagnie des mines de Bretagne. L’homme lance de grands travaux : détournement de la Seiche, ouverture d’une carrière, creusement de puits et de galeries. Les machines utilisées sont même citées en exemple dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Mais l’exploitation connaît des heurts : décès du fondateur, pluies exceptionnelles, sécheresse, effondrements, problèmes de financement. Le gisement est abandonné dans les années 1790.

L’âge d’or du plomb argentifère
La mine reprend en 1852 avec une première machine à vapeur et la réouverture de trois anciens puits. Elle produit alors de la galène (minerai de plomb argentifère), de la blende (minerai de zinc) et de la pyrite. À la fin du XIXe siècle, Pont-Péan devient le premier site extracteur de plomb argentifère du pays : les quatre cinquièmes de la production nationale, plus de 1 200 ouvriers, une vingtaine de puits, 600 à 700 tonnes de galène par an, 54 hectares d’exploitation et des galeries sous Bruz et Saint-Erblon. Le puits le plus profond descend à presque 600 mètres.

L’inondation de 1904 et l’arnaque de 1928
Dès la fin du XIXe siècle, le déclin s’amorce : la concurrence internationale fait chuter les prix et la machine d’épuisement du puits le plus profond devient vétuste. En avril 1904, les pompes ne parviennent plus à stopper l’arrivée d’eau : les puits et galeries sont inondés. La mine ferme, laissant ses mineurs sur le carreau. En 1928, une « résurrection » est annoncée avec l’embauche de plus de 500 travailleurs et la construction d’une vaste cité minière. L’eau des galeries est pompée pendant un an, mais la société repreneuse fait faillite en 1932. Le procès révèle une véritable escroquerie : la cité ouvrière servait d’appât pour les épargnants. Le 24 juin 1992, un arrêté officiel met fin à la concession.

Ce qu’il reste aujourd’hui
Le chevalement métallique fabriqué en 1893 par l’entreprise de Gustave Eiffel a disparu. Mais le site conserve plusieurs architectures : l’ancien bâtiment administratif, l’ancienne salle des pendus transformée en chapelle, des bâtiments techniques en friche (citerne, transformateur, salle des machines), des ateliers et des logements de mineurs. « Sur le site, il y a encore traces de plusieurs architectures liées à l’exploitation minière », explique Françoise Berthelot, architecte pour la ville en charge du projet de réhabilitation. La mairie a racheté la mine en 1997 avec la volonté de conserver cette identité minière.
Une médiathèque dans l’ancien bâtiment administratif
Le bâtiment administratif, protégé au titre des monuments historiques depuis 1985, fait aujourd’hui l’objet d’un réaménagement. Une médiathèque est programmée en extension. « Les deux opérations avancent de manière concomitante et la fin des travaux est prévue pour octobre 2026 », précise l’architecte. Au rez-de-chaussée, des espaces muséaux dédiés au patrimoine ; aux premier et deuxième étages, des locaux pour les associations pontpéanaises. La commune a reçu des subventions de la Fondation du patrimoine, du Département, de Rennes métropole, de l’État, de la Drac et de l’agence de la transition écologique. Elle soutient aussi un appel aux dons avec un objectif de 50 000 euros.
Un patrimoine en héritage
La réhabilitation du bâtiment administratif et la construction de la médiathèque doivent permettre de transmettre l’histoire des mineurs de Pont-Péan. Les travaux, qui avancent conjointement, doivent s’achever en octobre 2026. D’ici là, le site reste un témoignage rare de l’épopée minière bretonne, entre plomb argentifère, sorcellerie et faillite retentissante.
Source: Rennes Ici
Contexte et actions A propos de cet article
Source et verification Traçabilité éditoriale
Cet article est adapté d'un reportage de Rennes Ici publié le 20 octobre 2026, complété par les informations du Musée de Bretagne et de la ville de Pont-Péan citées dans la source.
- Dates clés (1628, 1730, 1852, 1904, 1928, 1992, 2026) recoupées avec le texte source.
- Chiffres de production (200 000 tonnes, 1 200 ouvriers, 600-700 tonnes de galène par an) v...
- Citation de Françoise Berthelot sur la fin des travaux en octobre 2026 confirmée dans la s...
- Objectif de 50 000 euros de l'appel aux dons cité dans la source.
- Source
- Rennes Ici
- Portée
- Pont-Péan, Bretagne
- Mis à jour
- 2026-10-20 10:36
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