Un chercheur rennais face à l’érosion du dialogue
À l’université Rennes 2, les travaux de Sylvain Delouvée portent sur un phénomène qui s’invite désormais dans chaque dîner de famille : la difficulté à débattre sans que la conversation ne se transforme en affrontement. Maître de conférences en psychologie sociale, il est également cotitulaire d’une chaire Unesco en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, coordinateur d’un projet européen sur la lutte contre la polarisation dans le débat public, et conseiller scientifique pour des magazines de France Télévisions, comme « Sommes-nous tous accrocs aux écrans ? », diffusé dès le 16 octobre.
La polarisation affective, ce mécanisme qui bloque tout
Pour le chercheur, le diagnostic est clair : ce n’est plus un débat d’idées mais une montée de la polarisation affective. « On ne parle plus de débat d’idées, mais de postures où les gens refusent d’écouter l’autre et restent enfermés dans leurs croyances. Dans ces conditions, le débat se bloque », explique-t-il.
Le phénomène dépasse largement les frontières françaises. Aux États-Unis, la réélection d’un président qui se pose lui-même en polarisateur illustre cette dynamique : « Si on est contre ce qu’il dit, on est contre sa personne. » Quand Donald Trump qualifie de « fake news » les enquêtes du Washington Post parce qu’elles ne lui plaisent pas, il nourrit cette logique et les mécanismes de la désinformation.
Ce que la psychologie sociale éclaire sur nos croyances
La discipline s’intéresse à l’influence des autres sur nos comportements. « On est sur des questions de croyance, mais aussi d’appartenance sociale. Sur les réseaux sociaux, tu es avec moi ou contre moi », résume Sylvain Delouvée. Les chercheurs tentent de comprendre comment circulent les fausses informations et comment notre esprit critique s’affaiblit lorsqu’une information émane de notre propre groupe.
Le point crucial : « Ce n’est pas seulement une question de personnalité mais d’appartenance à un groupe social ou à une communauté. » La polarisation du débat public peut alors conduire à une radicalisation des propos, ce qui explique l’enjeu de développer des outils de prévention.
Les algorithmes, amplificateurs silencieux
Faut-il accuser les réseaux sociaux ? Pas eux en tant que tels, selon le chercheur, mais leurs algorithmes. « Ils favorisent les réponses rapides, les likes, les insultes. Et entretiennent une pression forte : on doit tout savoir tout le temps, prendre vite position. » Un constat qui rejoint les préoccupations de l’Union européenne, qui tente de remettre en cause ces procédés addictifs, notamment développés chez Meta.

Pour Sylvain Delouvée, tout est fait pour créer une addiction et faire baisser notre vigilance. Face à ce constat, la réponse individuelle existe mais reste limitée : ralentir, ne pas réagir immédiatement, prendre du temps avant de répondre à un message. « Mais cela ne suffit pas. L’individu est pris dans le piège des plateformes. »
Une réponse qui doit dépasser l’échelle individuelle
Le chercheur plaide pour une réponse législative au niveau international afin de responsabiliser les entreprises du numérique. Mais il ne s’arrête pas là : l’école, les médias et les associations culturelles ont aussi un rôle à jouer.
Et il tient à distinguer deux notions souvent confondues. « Il est sain d’avoir une certaine dose de doute, mais l’opposition systématique n’est pas l’esprit critique. L’esprit critique, c’est accepter que plusieurs hypothèses existent, puis chercher les preuves et être capable de changer sa position. »
Rennes accueille les Rencontres nationales de l’éducation
Cette réflexion trouvera un écho local. « Éduquer aux médias, former à l’esprit critique » est le thème des Rencontres nationales de l’éducation, coorganisées par La Ligue de l’enseignement et la Ville de Rennes tous les deux ans. Elles reviennent dans la capitale bretonne du 25 au 27 novembre, avec une programmation dédiée aux acteurs éducatifs.
Parmi les temps forts, une conférence grand public animée par Bruno Patino, président d’Arte, et Morgan Navarro, autour de leur roman graphique « 9 Secondes : La Civilisation du poisson rouge », où ils décryptent notre attention à l’ère du numérique. Rendez-vous jeudi 26 novembre à 18h30, aux Champs libres, à Rennes. Sans inscription, gratuit.
Source: Rennes Ici
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Cet article synthétise l'entretien accordé par Sylvain Delouvée, maître de conférences à Rennes 2, publié le 14 octobre 2026.
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- Source
- Rennes Ici
- Portée
- Rennes
- Mis à jour
- 2026-10-14 15:04
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